IV.9 Hexenküche (cuisine de la sorcière)


Faust a l'impression qu'il n'a pas vraiment vécu, qu'il a perdu beaucoup de temps dans son cabinet d'étude, qu'il a gâché ses meilleures années pour des choses inutiles. Pour qu'il puisse vraiment vivre, pour qu'il puisse attraper les choses qu'il a laissées tomber, il doit rajeunir, et il y parviendra grâce à la magie d'une sorcière. Tout au long de la pièce, il n'a pas confiance dans les capacités de MÉPHISTOPHÉLÈS et, au début, il méprise également les activités de LA SORCIÈRE, mais cette dernière réussit finalement à le rajeunir. Dans la laideur de la cuisine de LA SORCIÈRE, une belle femme lui apparaît dans le miroir et il en tombe immédiatement amoureux. On peut voir un indice d'un problème général, le fait que cette femme disparaît lorsqu'il s'approche du miroir. Il est peut-être plus facile de rêver de moments heureux que de les vivre pleinement. L'éternel cynisme de MÉPHISTOPHÉLÈS, qui est assez clair pour comprendre la psychologie des gens mais qui l'empêche de voir la beauté des choses, peut parfois être assez drôle. Voyant le charme que cette femme exerce sur Faust, il lui dit.

MEPHISTOPHELES: MÉPHISTOPHÉLÈS:
Natürlich, wenn ein Gott sich erst sechs Tage plagt,
Und selbst am Ende Bravo sagt,
Da muß es was Gescheites werden.
Für diesmal sieh dich immer satt;
Ich weiß dir so ein Schätzchen auszuspüren,
Und selig, wer das gute Schicksal hat,
Als Bräutigam sie heim zu führen!

Naturellement, lorsqu’un dieu s’est mis six jours
l’esprit à la torture, et lui-même à la fin dit bravo,
il en doit résulter quelque chose de passable.
Rassasie toujours tes yeux pour cette fois ;
je saurai bien te flairer tantôt un trésor de ce genre,
et heureux celui qui aura la bonne fortune
de l’emmener chez lui pour en faire sa femme !


Connaissant le caractère cynique et réaliste de MÉPHISTOPHÉLÈS, on peut même voir dans la phrase "la prendre chez lui comme épouse" un soupçon d'échec. Si vous voulez, vous pouvez voir dans MÉPHISTOPHÉLÈS une personne résignée qui n'a plus que son cynisme. Il a arrêté de se battre parce qu'il est complètement désabusé. Faust est tout aussi désabusé mais il ne cesse de se battre, ce qui lui vaut la sympathie.

Hexenküche Cuisine de sorcière
Auf einem niedrigen Herd steht ein großer Kessel über dem Feuer. In dem Dampfe, der davon in die Höhe steigt, zeigen sich verschiedene Gestalten. Eine Meerkatze sitzt bei dem Kessel und schäumt ihn und sorgt, daß er nicht überläuft. Der Meerkater mit den Jungen sitzt darneben und wärmt sich. Wände und Decke sind mit dem seltsamsten Hexenhausrat geschmückt.
Faust. Mephistopheles.
Sur un foyer très bas, une grosse marmite bout ; dans les vapeurs qui s’en élèvent, diverses formes tourbillonnent ; une guenon, assise près de la marmite, l’écume, et veille avec soin à ce qu’elle ne déborde pas. Le mâle, avec ses petits, se tient à côté et se chauffe. Les murs et le plafond sont couverts d’ustensiles bizarres à l’usage de la sorcière. Faust, Méphistophélès.
FAUST: Faust:
Mir widersteht das tolle Zauberwesen!
Versprichst du mir, ich soll genesen
In diesem Wust von Raserei?
Verlang ich Rat von einem alten Weibe?
Und schafft die Sudelköcherei
Wohl dreißig Jahre mir vom Leibe?
Weh mir, wenn du nichts Bessers weißt!
Schon ist die Hoffnung mir verschwunden.
Hat die Natur und hat ein edler Geist
Nicht irgendeinen Balsam ausgefunden?
Ce fantasque appareil me répugne :
peux-tu bien me promettre que je recouvrerai la vie
au milieu de ce fatras d’extravagances ?
Irai-je prendre conseil d’une vieille femme ?
Attendrai-je qu’une sale mixture préparée
ici m’ôte trente années de dessus le corps ?
Malheur à moi si tu ne sais rien de mieux !
J’ai déjà perdu tout espoir.
La nature, un noble esprit,
n’ont-ils donc point découvert un baume quelque part ?
MEPHISTOPHELES MÉPHISTOPHÉLÈS:
Mein Freund, nun sprichst du wieder klug!
Dich zu verjüngen, gibt's auch ein natürlich Mittel;
Allein es steht in einem andern Buch,
Und ist ein wunderlich Kapitel.
Eh ! mon ami, voilà que tu te remets à parler raison.
Pour te rajeunir, il y a bien aussi un moyen naturel ;
mais celui-là se trouve dans un autre livre,
et c’est un curieux chapitre.
FAUST: Faust:
Ich will es wissen.
Je veux le savoir.
MEPHISTOPHELES MÉPHISTOPHÉLÈS:
Gut! Ein Mittel, ohne Geld Und Arzt und Zauberei zu haben:
Begib dich gleich hinaus aufs Feld,
Fang an zu hacken und zu graben
Erhalte dich und deinen Sinn
In einem ganz beschränkten Kreise,
Ernähre dich mit ungemischter Speise,
Leb mit dem Vieh als Vieh, und acht es nicht für Raub,
Den Acker, den du erntest, selbst zu düngen;
Das ist das beste Mittel, glaub,
Auf achtzig Jahr dich zu verjüngen!
Bon, un moyen qui ne demande argent, médecine, ni sorcellerie.
Rendstoi sur l’heure aux champs, prends la bêche et remue la terre.
Sache te circonscrire, toi et la pensée, dans un cercle étroit.
Ne te nourris que d’aliments simples ;
vis comme une bête au milieu des bêtes,
et ne dédaigne pas de fumer toi-même
le champ où tu moissonnes.
C’est là le meilleur moyen, crois-moi,
de faire durer ta jeunesse
jusqu’à quatre-vingts ans.
FAUST: Faust:
Das bin ich nicht gewöhnt, ich kann mich nicht bequemen,
Den Spaten in die Hand zu nehmen.
Das enge Leben steht mir gar nicht an.
Je n’y suis point habitué,
et ne saurais me résoudre à prendre en main la bêche.
Une vie étroite n’est pas dans ma nature.
MEPHISTOPHELES: MÉPHISTOPHÉLÈS:
So muß denn doch die Hexe dran.
Il faut donc que la sorcière s’en mêle.
FAUST: Faust:
Warum denn just das alte Weib!
Kannst du den Trank nicht selber brauen?
Mais pourquoi justement cette vieille femme ?
Ne peux-tu brasser toi-même le breuvage ?
MEPHISTOPHELES: MÉPHISTOPHÉLÈS:
Das wär ein schöner Zeitvertreib!
Ich wollt indes wohl tausend Brücken bauen.
Nicht Kunst und Wissenschaft allein,
Geduld will bei dem Werke sein.
Ein stiller Geist ist jahrelang geschäftig,
Die Zeit nur macht die feine Gärung kräftig.
Und alles, was dazu gehört,
Es sind gar wunderbare Sachen!
Der Teufel hat sie's zwar gelehrt;
Allein der Teufel kann's nicht machen.
(Die Tiere erblickend.)
Sieh, welch ein zierliches Geschlecht!
Das ist die Magd! das ist der Knecht!
(Zu den Tieren.)
Es scheint, die Frau ist nicht zu Hause?
Ce serait là un agréable passe-temps !
J’aurais plus tôt fait de bâtir mille ponts.
L’art et la science ne suffisent point ;
en pareille œuvre il faut encore de la patience.
Un esprit calme passe des années à l’élaborer,
– la fermentation subtile n’acquiert sa vertu qu’avec le temps,
– et tous les éléments dont il se compose,
ce sont choses tout à fait bizarres ;
le diable le lui a bien appris,
mais le diable ne saurait le faire.
(Apercevant les animaux.)
Vois quelle agréable petite famille !
Voici la servante, voilà le valet.
(Aux animaux.)
La vieille, il me paraît, n’est pas à la maison.
DIE TIERE:
les animaux
Beim Schmause,
Aus dem Haus
Zum Schornstein hinaus!
Au repas,
Là-bas, là-bas !
Par le tuyau de cheminée !
MEPHISTOPHELES: MÉPHISTOPHÉLÈS:
Wie lange pflegt sie wohl zu schwärmen?
Dites, combien de temps, famille abandonnée, La commère met-elle à faire ses ébats ?
DIE TIERE:
les animaux
So lange wir uns die Pfoten wärmen.
Autant que nous mettons à nous chauffer les pattes.
MEPHISTOPHELES. (zu Faust):
MÉPHISTOPHÉLÈS (a Fausto):
Wie findest du die zarten Tiere?
Gracieux animaux ! quelles mœurs délicates ! Comment les trouves-tu ?
FAUST: Faust:
So abgeschmackt, als ich nur jemand sah!
Je les trouve ennuyeux, Absurdes !
MEPHISTOPHELES: MÉPHISTOPHÉLÈS:
Nein, ein Discours wie dieser da
Ist grade der, den ich am liebsten führe!
(zu den Tieren.)
So sagt mir doch, verfluchte Puppen,
Was quirlt ihr in dem Brei herum?
Le discours n’était pas sans mérite,
Il est de ceux que j’aime et qui me vont le mieux.
(Aux animaux.)
Çà ! dites-moi, race maudite,
Que remuez-vous donc là, dans cette marmite ?
DIE TIERE:
les animaux
Wir kochen breite Bettelsuppen.
Nous cuisons la soupe des gueux.
MEPHISTOPHELES: MÉPHISTOPHÉLÈS:
Da habt ihr ein groß Publikum.
En ce cas, vous aurez un public fort nombreux.
DER KATER (macht sich herbei und schmeichelt dem Mephistopheles):
LE MALE (Il s’approche et fait patte de velours à Méphistophélès.)
O würfle nur gleich,
Und mache mich reich,
Und laß mich gewinnen!
Gar schlecht ist's bestellt,
Und wär ich bei Geld,
So wär ich bei Sinnen.

Les dés sur table ;
Que je retire de grands profits,
Tout est au pis
Dans notre engeance.
Eussé-je l’or,
J’aurais encore l’intelligence.

MEPHISTOPHELES: MÉPHISTOPHÉLÈS:
Wie glücklich würde sich der Affe schätzen,
Könnt er nur auch ins Lotto setzen!
(Indessen haben die jungen Meerkätzchen mit einer großen Kugel gespielt und rollen sie hervor.)
Comme ce singe-là s’estimerait heureux
s’il pouvait mettre à la loterie !
(Pendant ce temps, les petits se sont saisis d’une grosse boule qu’ils font rouler devant eux en jouant.)
DER KATER:
EL GATO:
Das ist die Welt;
Sie steigt und fällt
Und rollt beständig;
Sie klingt wie Glas-
Wie bald bricht das!
Ist hohl inwendig.
Hier glänzt sie sehr,
Und hier noch mehr:
»Ich bin lebendig!«
Mein lieber Sohn,
Halt dich davon!
Du mußt sterben!
Sie ist von Ton,
Es gibt Scherben.

Voilà le monde ;
La boule ronde
Monte et descend
Toujours roulant ;
Comme le verre
Sonore et claire,
Creuse au-dedans,
je suis vivant !
Mon cher enfant,
Tiens-toi loin d’elle,
Car tu mourras !
Elle est fragile,
Elle est d’argile,
Vole en éclats.

MEPHISTOPHELES MÉPHISTOPHÉLÈS:
Was soll das Sieb?
Pourquoi ce crible ?
DER KATER (holt es herunter):
LE MALE le ramasse.
Wärst du ein Dieb,
Wollt ich dich gleich erkennen.
(Er lauft zur Kätzin und läßt sie durchsehen.)
Sieh durch das Sieb!
Erkennst du den Dieb,
Und darfst ihn nicht nennen?

Serais-tu quelque larron,
Je saurais te reconnaître.
(Il court vers la femelle, et la force à regarder à travers le crible.)
Vois par le crible, vois, guenon ;
Reconnais-tu ce larron,
Et peux-tu dire son nom ?

MEPHISTOPHELES (sich dem Feuer nähernd):
MÉPHISTOPHÉLÈS, s’approchant du feu.
Und dieser Topf?
Et ce pot ?
KATER UND KÄTZIN:
LE MALE ET LA GUENON
Der alberne Tropf!
Er kennt nicht den Topf,
Er kennt nicht den Kessel!
Oh ! le maître sot,
Il ne connaît pas le pot,
Il ne connaît pas la marmite.
MEPHISTOPHELES: MÉPHISTOPHÉLÈS:
Unhöfliches Tier!
Race malhonnête et maudite !
DER KATER: EL GATO:
Den Wedel nimm hier,
Und setz dich in Sessel!
(Er nötigt den Mephistopheles zu sitzen.)

Prends ce goupillon ;
– bravo ! – Et sieds-toi sur cet escabeau.
(Il force Méphistophélès à s’asseoir.)

FAUST (welcher diese Zeit über vor einem Spiegel gestanden, sich ihm bald genähert, bald sich von ihm entfernt hat):
FAUST, qui, tout ce temps, s’est tenu en contemplation devant un miroir, tantôt s’approchant, tantôt s’éloignant.
Was seh ich? Welch ein himmlisch Bild
Zeigt sich in diesem Zauberspiegel!
O Liebe, leihe mir den schnellsten deiner Flügel,
Und führe mich in ihr Gefild!
Ach wenn ich nicht auf dieser Stelle bleibe,
Wenn ich es wage, nah zu gehn,
Kann ich sie nur als wie im Nebel sehn!-
Das schönste Bild von einem Weibe!
Ist's möglich, ist das Weib so schön?
Muß ich an diesem hingestreckten Leibe
Den Inbegriff von allen Himmeln sehn?
So etwas findet sich auf Erden?
Que vois-je ? quelle céleste image
apparaît dans ce miroir enchanté ?
Amour, oh ! prête-moi la plus rapide de les ailes,
et me conduis en sa région.
Ah ! dès que je bouge de cette place,
dès que je tente de m’en rapprocher de quelques pas,
je ne la vois plus que comme à travers un brouillard ! –
La plus parfaite image de la femme ! –
Est-il possible que la femme ait tant de beauté ?
Doisje, en ce corps étendu devant moi,
voir l’abrégé de tous les cieux ?
Se trouvet-il rien de pareil sur la terre ?
MEPHISTOPHELES: MÉPHISTOPHÉLÈS:
Natürlich, wenn ein Gott sich erst sechs Tage plagt,
Und selbst am Ende Bravo sagt,
Da muß es was Gescheites werden.
Für diesmal sieh dich immer satt;
Ich weiß dir so ein Schätzchen auszuspüren,
Und selig, wer das gute Schicksal hat,
Als Bräutigam sie heim zu führen!

(Faust sieht immerfort in den Spiegel. Mephistopheles, sich in dem Sessel dehnend und mit dem Wedel spielend, fährt fort zu sprechen.)

Hier sitz ich wie der König auf dem Throne,
Den Zepter halt ich hier, es fehlt nur noch die Krone.

Naturellement, lorsqu’un dieu s’est mis six jours l’esprit à la torture,
et lui-même à la fin dit bravo,
il en doit résulter quelque chose de passable.
Rassasie toujours tes yeux pour cette fois ;
je saurai bien te flairer tantôt un trésor de ce genre,
et heureux celui qui aura la bonne fortune
de l’emmener chez lui pour en faire sa femme !

(Faust demeure les yeux plongés dans le miroir ; Méphistophélès, s’étendant sur le fauteuil et jouant avec le goupillon, continue de parler.)


Soyez assez bon, monseigneur,
Avec du sang, de la sueur, Pour rajuster cette couronne.

DIE TIERE (welche bisher allerlei wunderliche Bewegungen durcheinander gemacht haben, bringen dem Mephistopheles eine Krone mit großem Geschrei):
LES ANIMAUX, qui, jusque-là, ont exécuté entre eux toute sorte de mouvements bizarres, apportent, en poussant de grands cris, une couronne à Méphistophélès.
O sei doch so gut,
Mit Schweiß und mit Blut
Die Krone zu leimen!
(Sie gehn ungeschickt mit der Krone um und zerbrechen sie in zwei Stücke, mit welchen sie herumspringen.)
Nun ist es geschehn!
Wir reden und sehn,
Wir hören und reimen-

Soyez assez bon, monseigneur,
Avec du sang, de la sueur,
Pour rajuster cette couronne.
(Ils sautent gauchement de côté et d’autre avec la couronne et la brisent en deux morceaux, avec lesquels ils dansent en rond.)
Maintenant c’est fait,
nous parlons,
Voyons, entendons et rimons.

FAUST (gegen den Spiegel): FAUST, tourné vers le miroir.
Weh mir! ich werde schier verrückt.
Misérable que je suis, j’en ai la tête presque perdue !
MEPHISTOPHELES (auf die Tiere deutend):
MÉPHISTOPHÉLÈS, montrant du doigt les animaux.
Nun fängt mir an fast selbst der Kopf zu schwanken.
Peu s’en faut, moi-même, que la tête ne m’en tourne.
DIE TIERE: LES ANIMAUX
Und wenn es uns glückt,
Und wenn es sich schickt,
So sind es Gedanken!
Si tout cela nous réussit,
Si tout cela s’assortit,
Voilà les pensées !
FAUST (wie oben): FAUST, comme plus haut.
Mein Busen fängt mir an zu brennen!
Entfernen wir uns nur geschwind!
Je sens mon cœur qui commence à s’enflammer….
Éloignons-nous vite, éloignons-nous…
MEPHISTOPHELES (in obiger Stellung):
MÉPHISTOPHÉLÈS, dans la position indiquée tout à l’heure.
Nun, wenigstens muß man bekennen,
Daß es aufrichtige Poeten sind.
(Der Kessel, welchen die Katzin bisher außer acht gelassen, fängt an überzulaufen, es entsteht eine große Flamme, welche zum Schornstein hinaus schlägt. Die Hexe kommt durch die Flamme mit entsetzlichem Geschrei herunter gefahren.)
Au moins doit-on convenir
que ce sont de véritables poètes.
(La marmite, que la guenon avait jusque-là négligée, commence à déborder ; il s’élève une grande flamme, chassée violemment dans le tuyau de la cheminée. La SORCIÈRE, traînée sur son char, descend à travers les flammes en poussant d’horribles cris.)
DIE HEXE: LA SORCIÈRE
Au! Au! Au! Au!
Verdammtes Tier! verfluchte Sau!
Versäumst den Kessel, versengst die Frau!
Verfluchtes Tier!
(Faust und Mephistopheles erblickend.)
Was ist das hier?
Wer seid ihr hier?
Was wollt ihr da?
Wer schlich sich ein?
Die Feuerpein
Euch ins Gebein!
(Sie fahrt mit dem Schaumlöffel in den Kessel und spritzt Flammen nach Faust, Mephistopheles und den Tieren. Die Tiere winseln.)

Au ! au ! au ! au ! Damné pourceau !
Tu négliges la marmite
Et me rôtis la peau !
Race maudite !
(Apercevant Faust et Méphistophélès.)
Mais qu’est ceci ?
Qui donc êtes-vous ?
Que me voulez-vous ?
Qui se glisse ainsi ?
Canaille, marauds,
Le feu dans vos os !
(Elle plonge l’écumoire dans la marmite, et asperge de flammes Faust et Méphistophélès. Les animaux hurlent.)

MEPHISTOPHELES (welcher den Wedel, den er in der Hand hält, umkehrt und unter die Gläser und Töpfe schlägt): MÉPHISTOPHÉLÈS, retournant le goupillon qu’il tient dans la main, et frappant de droite et de gauche sur les verres et sur les pots.
Entzwei! entzwei!
Da liegt der Brei!
Da liegt das Glas!
Es ist nur Spaß,
Der Takt, du Aas,
Zu deiner Melodei.
(Indem die Hexe voll Grimm und Entsetzen zurücktritt.)
Erkennst du mich? Gerippe! Scheusal du!
Erkennst du deinen Herrn und Meister?
Was hält mich ab, so schlag ich zu,
Zerschmettre dich und deine Katzengeister!
Hast du vorm roten Wams nicht mehr Respekt?
Kannst du die Hahnenfeder nicht erkennen?
Hab ich dies Angesicht versteckt?
Soll ich mich etwa selber nennen?
En pièces, en éclats,
À bas la bouillie !
Les verres à bas !
Carogne ma mie,
Je m’amuse en ce moment
À régler le mouvement De ta mélodie.
(Tandis que la sorcière recule, pleine de colère et d’effroi.)
Me reconnais-tu, squelette, épouvantail ?
Reconnais-tu ton seigneur et maître ?
Je ne sais qui me tient que je ne te frappe,
que je ne te mette en pièces, toi et tes esprits chats ?
N’as-tu donc plus de respect devant le pourpoint rouge ?
ne sais-tu plus reconnaître la plume de coq ?
t’ai-je caché cette face ?
Il faudra sans doute que je me nomme moi-même.
DIE HEXE: LA SORCIÈRE
O Herr, verzeiht den rohen Gruß!
Seh ich doch keinen Pferdefuß.
Wo sind denn Eure beiden Raben?
Ô maître ! pardonnez la révérence un peu brutale.
Cependant je n’aperçois pas le pied de cheval.
Où sont donc vos deux corbeaux ?
MEPHISTOPHELES MÉPHISTOPHÉLÈS:
Für diesmal kommst du so davon;
Denn freilich ist es eine Weile schon,
Daß wir uns nicht gesehen haben.
Auch die Kultur, die alle Welt beleckt,
Hat auf den Teufel sich erstreckt;
Das nordische Phantom ist nun nicht mehr zu schauen;
Wo siehst du Hörner, Schweif und Klauen?
Und was den Fuß betrifft, den ich nicht missen kann,
Der würde mir bei Leuten schaden;
Darum bedien ich mich, wie mancher junge Mann,
Seit vielen Jahren falscher Waden.
Pour cette fois, je veux bien te laisser quitte à si bon marché ;
car, à vrai dire,
voici déjà quelque temps que nous ne nous étions vus .
La civilisation qui polit le monde entier
s’est étendue jusqu’au diable.
Il n’est plus question aujourd’hui du fantôme du Nord ;
où vois-tu des cornes, une queue et des griffes ?
Quant au pied de cheval, dont je ne saurais me défaire,
il me nuirait dans le monde : aussi ai-je,
à l’exemple de tant de jeunes gens, adopté,
depuis nombre d’années, la mode des faux mollets.
DIE HEXE (tanzend):
LA SORCIÈRE, dansant.
Sinn und Verstand verlier ich schier,
Seh ich den Junker Satan wieder hier!
Satan gentilhomme chez moi !
J’en perds l’esprit et la raison, ma foi.
MEPHISTOPHELES: MÉPHISTOPHÉLÈS:
Den Namen, Weib, verbitt ich mir!
Pas de ce nom-là, vieille, je te le défends.
DIE HEXE: LA SORCIÈRE:
Warum? Was hat er Euch getan?
Pourquoi donc ? que vous a-t-il fait ?
MEPHISTOPHELES: MÉPHISTOPHÉLÈS:
Er ist schon lang ins Fabelbuch geschrieben;
Allein die Menschen sind nichts besser dran,
Den Bösen sind sie los, die Bösen sind geblieben.
Du nennst mich Herr Baron, so ist die Sache gut;
Ich bin ein Kavalier, wie andre Kavaliere.
Du zweifelst nicht an meinem edlen Blut;
Sieh her, das ist das Wappen, das ich führe!
(Er macht eine unanständige Gebärde.)
Il est depuis longtemps inscrit au nombre des fables ;
mais les hommes n’en sont pas devenus meilleurs ;
ils sont délivrés du méchant, les méchants sont restés.
– Appelle-moi Monsieur le baron, à la bonne heure ;
je suis un cavalier comme les autres.
Tu ne doutes pas de la noblesse de mon sang.
Tiens, voilà l’écu que je porte.
(Il fait un geste licencieux.)
DIE HEXE (lacht unmäßig): LA SORCIÈRE
Ha! Ha! Das ist in Eurer Art!
Ihr seid ein Schelm, wie Ihr nur immer wart!
Ah ! ah ! C’est bien de vous ;
vous êtes un pendard comme vous l’avez toujours été.
MEPHISTOPHELES (zu Faust): MÉPHISTOPHÉLÈS (à Faust):
Mein Freund, das lerne wohl verstehn!
Dies ist die Art, mit Hexen umzugehn.
Mon ami, fais-en ton profit.
Voilà de quelle manière on se comporte avec les sorcières.
DIE HEXE: LA SORCIÈRE:
Nun sagt, ihr Herren, was ihr schafft.
Maintenant, dites, messieurs, qu’ordonnez-vous ?
MEPHISTOPHELES: MÉPHISTOPHÉLÈS:
Ein gutes Glas von dem bekannten Saft!
Doch muß ich Euch ums ältste bitten;
Die Jahre doppeln seine Kraft.
Un bon verre de l’élixir que tu sais,
mais du plus vieux ;
les années doublent sa force.
DIE HEXE: LA SORCIÈRE:
Gar gern! Hier hab ich eine Flasche,
Aus der ich selbst zuweilen nasche,
Die auch nicht mehr im mindsten stinkt;
Ich will euch gern ein Gläschen geben.
(Leise.)
Doch wenn es dieser Mann unvorbereitet trinkt
So kann er, wißt Ihr wohl, nicht eine Stunde leben.
Très volontiers. J’ai là un flacon
dont je goûte moi-même par friandise de temps à autre,
et qui ne sent pas mauvais le moins du monde ;
je veux bien vous en donner un petit verre.
(Bas.)
Mais si cet homme boit cela sans y être préparé,
il n’en a pas, vous le savez, pour une heure de vie.
MEPHISTOPHELES: MÉPHISTOPHÉLÈS:
Es ist ein guter Freund, dem es gedeihen soll;
Ich gönn ihm gern das Beste deiner Küche.
Zieh deinen Kreis, sprich deine Sprüche,
Und gib ihm eine Tasse voll!
C’est un bon ami à qui cela ne peut faire que grand bien.
Je demande pour lui ce que tu as de mieux dans ta cuisine.
Trace ton cercle, prononce tes paroles,
et donne-lui une pleine tasse.
(Die Hexe, mit seltsamen Gebärden, zieht einen Kreis und stellt wunderbare Sachen hinein; indessen fangen die Gläser an zu klingen, die Kessel zu tönen, und machen Musik. Zuletzt bringt sie ein großes Buch, stellt die Meerkatzen in den Kreis, die ihr zum Pult dienen und die Fackel halten müssen. Sie winkt Fausten, zu ihr zu treten.)
(La sorcière, avec des gestes bizarres, tire un cercle dans lequel elle place toute sorte de choses singulières ; pendant ce temps, les verres commencent à tinter, les marmites à résonner, et font une musique. À la fin, elle apporte un grand livre, range dans le cercle les animaux, qui lui servent de pupitre et lui tiennent les flambeaux. Elle fait signe à Faust de venir à elle.)
FAUST (zu Mephistopheles): FAUST (a MÉPHISTOPHÉLÈS):
Nein, sage mir, was soll das werden?
Das tolle Zeug, die rasenden Gebärden,
Der abgeschmackteste Betrug,
Sind mir bekannt, verhaßt genug.
Mais, dites-moi, qu’est-ce que cela va devenir ?
Cette folle engeance, ces gestes extravagants,
cette insipide parodie !
Tout cela m’est connu, et m’inspire assez d’horreur.
MEPHISTOPHELES: MÉPHISTOPHÉLÈS:
Ei Possen! Das ist nur zum Lachen;
Sei nur nicht ein so strenger Mann!
Sie muß als Arzt ein Hokuspokus machen,
Damit der Saft dir wohl gedeihen kann.
(Er nötigt Fausten, in den Kreis zu treten.)
Sornettes ! ce n’est que pour rire ;
ne sois donc pas un homme si rigide.
Il faut bien qu’en digne médecin elle fasse son hocuspocus,
afin que l’élixir te profite.
(Il contraint Faust à entrer dans le cercle.)
DIE HEXE (mit großer Emphase fängt an, aus dem Buche zu deklamieren): LA SORCIÈRE se met à lire dans le livre, et déclame avec une grande emphase.
Du mußt verstehn!
Aus Eins mach Zehn,
Und Zwei laß gehn,
Und Drei mach gleich,
So bist du reich.
Verlier die Vier!
Aus Fünf und Sechs,
So sagt die Hex,
Mach Sieben und Acht,
So ist's vollbracht:
Und Neun ist Eins,
Und Zehn ist keins.
Das ist das Hexen-Einmaleins!
Tu dois comprendre !
D’un faire dix,
Deux sous-entendre
Et trois aussi,
Tu t’enrichis !
Perds le quatrième !
De cinq et six,
Je te le dis Moi-même,
Fais sept et huit,
Tout s’accomplit :
Et neuf est un,
Et dix aucun.
Voilà, tel est Le grand mystère Et le livret De la sorcière.
FAUST: Faust:
Mich dünkt, die Alte spricht im Fieber.
Il me semble que la vieille parle dans la fièvre.
MEPHISTOPHELES: MÉPHISTOPHÉLÈS:
Das ist noch lange nicht vorüber,
Ich kenn es wohl, so klingt das ganze Buch;
Ich habe manche Zeit damit verloren,
Denn ein vollkommner Widerspruch
Bleibt gleich geheimnisvoll für Kluge wie für Toren.
Mein Freund, die Kunst ist alt und neu.
Es war die Art zu allen Zeiten,
Durch Drei und Eins, und Eins und Drei
Irrtum statt Wahrheit zu verbreiten.
So schwätzt und lehrt man ungestört;
Wer will sich mit den Narrn befassen?
Gewöhnlich glaubt der Mensch, wenn er nur Worte hört,
Es müsse sich dabei doch auch was denken lassen.
De longtemps tu n’es pas au bout.
Je le connais bien, ainsi chante tout le livre ;
j’y ai perdu bien du temps,
car une contradiction achevée
reste également un mystère pour les sages comme pour les fous. M
on ami, l’art est ancien et nouveau.
Ce fut la mode de tout temps de mettre
en avant trois et un, un et trois, pour propager l’erreur au lieu de la vérité.
Ainsi, on bavarde, on apprend sans se troubler.
Qui voudrait se creuser la cervelle pour comprendre de pareilles folies ?
D’ordinaire l’homme croit,
lorsqu’il n’entend que des mots,
qu’ils doivent nécessairement donner à réfléchir.
DIE HEXE (fährt fort): LA SORCIÈREE continue.
Die hohe Kraft
Der Wissenschaft,
Der ganzen Welt verborgen!
Und wer nicht denkt,
Dem wird sie geschenkt,
Er hat sie ohne Sorgen.
Oui, la puissance
De la science
Où le monde entier tend les bras,
Échoit sans efforts en partage
À l’homme sage
Qui n’y songe pas
FAUST: Faust:
Was sagt sie uns für Unsinn vor?
Es wird mir gleich der Kopf zerbrechen.
Mich dünkt, ich hör ein ganzes Chor
Von hunderttausend Narren sprechen.
Quelle extravagance débite-t-elle là ?
Ma tête va se fendre ;
il me semble que j’entends
un chœur de cent mille fous.
MEPHISTOPHELES: MÉPHISTOPHÉLÈS:
Genug, genug, o treffliche Sibylle!
Gib deinen Trank herbei, und fülle
Die Schale rasch bis an den Rand hinan;
Denn meinem Freund wird dieser Trunk nicht schaden:
Er ist ein Mann von vielen Graden,
Der manchen guten Schluck getan.
(Die Hexe, mit vielen Zeremonien, schenkt den Trank in eine Schale, wie sie Faust an den Mund bringt, entsteht eine leichte Flamme.)
Nur frisch hinunter! Immer zu!
Es wird dir gleich das Herz erfreuen.
Bist mit dem Teufel du und du,
Und willst dich vor der Flamme scheuen?
(Die Hexe löst den Kreis. Faust tritt heraus.)
Nun frisch hinaus! Du darfst nicht ruhn.

Assez, assez, ô sybille accomplie ;
donne-nous ton breuvage, et dépêche-toi de remplir la tasse jusqu’au bord ;
je ne crains rien pour mon ami,
ce couplà ne lui fera pas de mal.
C’est un homme qui a passé par plus d’un grade,
et bu déjà plus d’un bon coup.
(La SORCIÈRE, avec beaucoup de cérémonie, verse l’élixir dans une coupe. Au moment où Faust porte le breuvage à ses lèvres, une flamme légère s’élève.)
Allons, avale ; courage, toujours !
Tu vas te sentir la joie au cœur.
Tu es au mieux avec le diable, et la flamme te fait peur ?
(La sorcière rompt le cercle, Faust en sort.)
Alerte ! partons,
et du mouvement à cette heure !

DIE HEXE: LA SORCIÈRE:
Mög Euch das Schlückchen wohl behagen!
Puisse ce petit coup vous être salutaire !
MEPHISTOPHELES (zur Hexe):
MÉPHISTOPHÉLÈS:
Und kann ich dir was zu Gefallen tun,
So darfst du mir's nur auf Walpurgis sagen.
Et si je puis faire quelque chose pour toi,
tu n’as qu’à m’en dire un mot au Walpürgis.
DIE HEXE: LA SORCIÈRE:
Hier ist ein Lied! wenn Ihr's zuweilen singt,
So werdet Ihr besondre Wirkung spüren.
Voici une chanson, chantez-la quelquefois,
et vous en éprouverez des effets singuliers.
MEPHISTOPHELES (zu Faust): MÉPHISTOPHÉLÈS (a Fausto):
Komm nur geschwind und laß dich führen;
Du mußt notwendig transpirieren,
Damit die Kraft durch Inn- und Äußres dringt.
Den edlen Müßiggang lehr ich hernach dich schätzen,
Und bald empfindest du mit innigem Ergetzen,
Wie sich Cupido regt und hin und wider springt.
Alerte donc, et laisse-toi conduire ;
il est indispensable que tu transpires
pour que la force te pénètre au-dedans et au-dehors.
Ensuite je veux te faire apprécier une noble oisiveté,
et bientôt tu apprendras, dans l’ivresse de tout ton être,
comment Cupidon s’émeut et bondit de tous côtés.
FAUST: Faust:
Laß mich nur schnell noch in den Spiegel schauen!
Das Frauenbild war gar zu schön!
Oh ! laisse-moi jeter un rapide coup d’œil dans le miroir.
Cette image de femme était si belle !
MEPHISTOPHELES: MÉPHISTOPHÉLÈS:
Nein! Nein! Du sollst das Muster aller Frauen
Nun bald leibhaftig vor dir sehn.
(Leise.)
Du siehst, mit diesem Trank im Leibe,
Bald Helenen in jedem Weibe.
Non, non ; tu vas voir tout à l’heure le modèle de toutes les femmes
devant toi, et plein de vie.
(Bas.)
Avec cet élixir dans le corps,
tu vas voir Hélène dans chaque femme.





contact déclaration de protection de données mentions légales